Suisse Centrale | Maison d'habitation de Schwyz SZ (1336)


nº 751
Agée d’environ 670 ans, la maison d’habitation de Schwyz est le plus ancien bâtiment du Musée du Ballenberg, surtout, l’une des plus vieilles maisons en bois de toute la Suisse. Pour sa présentation au sein du Musée, on a fixé la date de 1400.

Après avoir déterminé l’âge du bois dont elle est faite, on en a déduit que la «maison de la Landsgemeindeplatz» avait été construite dans les années 1330. Ce bâtiment, qui date donc de la fin du Moyen Age, correspond parfaitement à la maison en madriers, alors typique de la Suisse centrale. Selon le plan de base, celle-ci se répartit en deux profondeurs spatiales et se trouve coiffée d’un toit faiblement pentu.
La réhabilitation de la maison dans sa facture de 1400 a suscité un certain nombre de questions qui n’ont pas toutes obtenu de réponse. C’est ainsi que les indications sur la disposition originale des fenêtres, côté pignon, étaient extrêmement succinctes. C’est dans une seule pièce, au premier étage que l’on a pu rétablir les lucarnes. Le reste du fenêtrage correspond à celui qui avait cours au début du 18e siècle. Et l’on a rien trouvé non plus sur le foyer d’origine. Cette restauration s’est faite sur la base d’exemples archéologiques de la même époque.
Les rares sources écrites que nous possédons au sujet de cette maison ne font mention d’aucune dépendance, comme une étable ou une grange.
Ce qui indique que ses habitants ne tiraient pas exclusivement leurs revenus de l’agriculture. Et le fait que l’on ait installé un poêle dans le premier bâtiment, datant de 1400, témoigne d’un certain confort.

La maison de Schwyz nous révèle – et pas uniquement en raison de son grand âge – quelques détails aussi intéressants que surprenants. C’est ainsi, par exemple, que les recherches historiques effectuées au plan architectural indiquent que, 60 ans seulement après sa construction, le mur de soutènement de la maison a été complètement refait. Et qu’il avait fallu, pour cela, soulever le bâtiment tout entier.

Le passage conduisant à la chambre de séjour recèle une ouverture ressemblant à une fenêtre. En langage populaire, on appelle «trou des pes-teux» ce type d’ouverture. Pendant les épidémies de peste, les malades contagieux étaient enfermés dans une pièce et on leur passait à manger par ce trou. Ce dispositif n’existant que dans les maisons datant du bas Moyen Age, on peut trouver, dans cette explication, une certaine logique. Jusqu’au moment où il paraît évident qu’il s’agissait d’un orifice donnant sur une sorte d’armoire murale. En ce qui concerne la technique de construction, on a relevé une autre particularité que l’on ne trouve, en Suisse centrale, que dans les maisons bâties à la fin du Moyen Age: au lieu de dépasser la paroi, les têtes de solives s’alignent sur celle-ci. Presque toute la maison de devant possède encore ses planchers originels, vieux de plus de 660 ans.

Quant à la présence d’un lieu d’aisance du
14e siècle dans une maison paysanne, elle est d’une grande importance pour l’histoire de la vie quotidienne dans les campagnes. A côté de la porte conduisant à l’arcade, on aperçoit une autre sortie, plus basse et manifestement d’origine, que l’on a pu identifier comme donnant accès à ce type d’édicule. Dans la pièce jouxtant la chambre de séjour, on remarque une petite ouverture dans la paroi extérieure. Les recherches ont révélé que l’on avait ménagé là un «pissoir» provisoire. Etait-ce pour un malade qui ne pouvait quitter son lit?
La première allusion à un propriétaire date de 1567. Il s’agit d’un certain Hans Imlig. Après avoir changé plusieurs fois de main, la maison est finalement achetée par Karl Reichmuth, en 1917. Jusqu’à sa reprise par le Ballenberg, elle est restée propriété de cette famille qui, à partir de 1987, la louait à des travailleurs étrangers.

Nouveau concept d’exposition
Au niveau de la présentation de la maison, nous avons adopté une démarche nouvelle. Comme il était pratiquement impossible de trouver des meubles originaux contemporains de la construction, nous avons renoncé à tout aménagement
intérieur afin de souligner l’organisation de l’espace et de l’éclairage. Il s’agissait de faire percevoir au visiteur l’impression qui se dégage de façon si caractéristique de la «maison de la Landsgemeindeplatz»: beaucoup de place, peu de lumière. Les murs et les plafonds noircis par la fumée font apparaître sombres et caverneuses, même en plein jour, les pièces distribuées autour de l’âtre de la cuisine. Dans les murs extérieurs ouest, nord et est, les constructeurs ont ménagé de simples orifices, destinées davantage à l’aération qu’à l’éclairage. En hiver, elles pouvaient être occultées avec des planches ou des pièces de tissu.